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Augustin d’Hippone

Premières réactions antipélagiennes I : Salaire et pardon des péchés

BA 20/A

Premières réactions antipélagiennes I : Salaire et pardon des péchés

Dans la longue suite des écrits de saint Augustin, les historiens ont dégagé des époques successives : critique du manichéisme, puis discussion avec les chrétiens donatistes, puis controverse avec le pélagianisme. Mais l’examen de ces textes et leur traduction en français ont été inégalement menés à terme. Ainsi, jusqu’à aujourd’hui, le « corpus » des écrits antipélagiens a été traduit et étudié par la recherche francophone surtout à partir de l’époque où le débat est devenu public, tant en Orient qu’en Occident, soit après la comparution de Pélage devant des évêques à Lydda/Diospolis (fin 415). Deux gros ouvrages d’Augustin ont pourtant précédé tous les autres, qui affrontent des thèses « pélagiennes » avant l’heure en ce qu’elles venaient d’être introduites en Afrique par un disciple de Pélage, Caelestius, ou étaient diffusées par Pélage mais non encore assumées par lui : le De peccatorum meritis et remissione, aussitôt suivi du De spiritu et littera.

Avec ce nouveau titre de la Bibliothèque augustinienne, Bruno Delaroche apporte au lecteur un accès moderne et critique au De peccatorum meritis et remissione (Salaire et pardon des péchés, trois livres).

La traduction, confiée à deux spécialistes reconnues de la patrologie latine, Madeleine Moreau et Christiane Ingremeau, corrige avec bonheur les imperfections des deux dernières et lointaines tentatives (abbé Collery, 1870 ; Péronne-Écalle-Vincent-Barreau, 1872), à partir du texte latin établi par Rochus Habitzky (Aurelius Augustinus Lehrer der Gnade. Schriften gegen die Pelagianer, Würzburg, Augustinus-Verlag, 1971) sur l’édition du Corpus Scriptorum Ecclesiasticorum Latinorum (vol. 60, Wien 1913, p. 3-151) procurée par Charles Vrba et Joseph Zycha et lui-même amélioré au besoin.

Une introduction substantielle retrace en détail la genèse de l’écriture de l’ouvrage, ce qui implique une clarification des circonstances dans lesquelles Augustin a été amené à répondre à la sollicitation pressante d’un ami, une analyse serrée de chronologie car la datation jusqu’ici admise par les chercheurs (hiver 411-412) a été récemment contestée. B. Delaroche expose ensuite l’objet, la méthode, le plan et l’argumentation en mettant en lumière le soin qu’a pris Augustin, en pasteur et en théologien, à examiner de près les objections et thèses dont il avait reçu connaissance (contestation que la mort physique soit punition divine, limitation du péché à une imitation de mauvais exemples, exclusion d’un pardon dans le baptême des tout-petits, possibilité pour un humain d’arriver à ne pas pécher du tout) et à les confronter à l’ensemble de l’expression de la foi chrétienne (appuyée sur l’Écriture, mais aussi sur l’exercice de la prière et la pratique baptismale, identique en son rituel pour adultes et enfants). Pour l’auteur, c’est donc une synthèse puissante de la doctrine chrétienne du salut en Jésus Christ, l’unique Médiateur entre Dieu et les hommes, qu’a réalisée l’évêque d’Hippone dans son De peccatorum meritis et remissione, qui se révèle en effet comme le vivier théologique où puisera Augustin dans la suite de sa controverse avec Pélage, Calestius ou Julien d’Éclane, mais également la postérité.

La bibliographie mentionne les études d’intérêt général ou portant sur l’ouvrage seul ; la bibliographie relative à des points particuliers figure à la fin des notes complémentaires consacrées à ceux-ci.

Les 72 Notes complémentaires apportent éclaircissements et précisions sur de nombreux points, d’ordre historique, littéraire ou théologique, et font apparaître des continuités de l’ouvrage avec les précédents écrits d’Augustin (ex. : l’expression peccatum originale), des inflexions liées à cette étape vraiment nouvelle du regard de l’évêque sur Pélage (ayant en mains ses Expositiones Epistolarum S. Pauli, il l’engage à se désolidariser clairement des objecteurs qu’il cite, à accepter l’orthodoxie de la prière des Confessions « da quod iubes, et iube quod uis » qu’il avait rejetée avec colère), des nouveautés (au Livre III, l’appel à l’autorité de deux écrivains chrétiens : Cyprien et Jérôme). Augustin ayant constitué dans sa réponse tout un dossier biblique, B. Delaroche analyse la pertinence des citations, des rapprochements de passages scripturaires et de l’interprétation qui en est faite, élargissant par là son étude Saint Augustin lecteur et interprète de saint Paul, publiée par l’Institut d’études augustiniennes en 1996.

Trois types de tables fournissent au lecteur le moyen de se reporter : dans le De peccatorum meritis et remissione aux opinions rapportées par Augustin (chacune avec sa source plus ou moins repérable), aux versets bibliques cités ou évoqués, aux autres écrits d’Augustin et autres auteurs anciens ; dans l’étude aux noms propres et aux noms communs récurrents.


BA 20/A : Paris, Institut d’études augustiniennes, 2013
ISBN : 978-2-85121-244-3
597 p., 115 x 165 mm
40€ TTC

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Dernière mise à jour le : mercredi 4 octobre 2017