Institut d’Études Augustiniennes

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Fascicule 65/2 de la RÉAug

Paris, 2019, 312 p.
ISBN : 978-2-85121-310-5
Table des matières et résumés des articles

Les apparitions du Christ ressuscité dans l’exégèse patristique
Isabelle BOCHET – Marie-Odile BOULNOIS – Martine DULAEY – Michel FÉDOU Avant-propos 201-203
Michel FÉDOU Les récits d’apparition dans l’apologie d’Origène contre Celse 204-219
Alain LE BOULLUEC Variations théologiques de Pères grecs du IVe siècle (Eusèbe de Césarée, Épiphane, Grégoire de Nazianze) sur Jn 20, 17b et Jn 20, 22 221-241
Marie-Odile BOULNOIS Toucher les plaies du Ressuscité : enjeux polémiques et préfiguration sacramentelle des apparitions du Christ aux apôtres selon Cyrille d’Alexandrie 243-266
Isabelle BOCHET Ostendit caput, ostendit corpus (In Ps. 147, 18). L’exégèse augustinienne de l’apparition aux apôtres en Lc 24, 36-49 267-286
Matthieu CASSIN Pain, miel et poisson : exégèse patristique des aliments consommés après la résurrection 287-305
Pierre MOLINIÉ « Ils n’avaient pas compris l’Écriture… » Jn 20, 9 dans l’exégèse de Jean Chrysostome 307-339
Catherine BROC-SCHMEZER L’existence de Jésus ressuscité en Jn 21, selon Jean Chrysostome 341-357
Martine DULAEY L’apparition aux disciples au lac de Tibériade (Jn 21) dans la prédication des Pères latins des IVe-VIe siècles 359-377
Chronica Tertullianea et Cyprianea 2018 379-431
Bulletin augustinien pour 2018/2019 et compléments d’années antérieures 433-501
Auteurs des travaux recensés 503-507
Table générale 509-510

Résumés :

Michel FÉDOU, « Les récits d’apparition dans l’apologie d’Origène contre Celse », p. 204-219

Celse, dans son Discours véritable, développe des objections radicales contre la croyance chrétienne aux apparitions du Christ ressuscité : ces récits sont à ses yeux des fictions ; ils ne reposent pas sur des témoignages fiables ; d’ailleurs, ajoute Celse, Jésus aurait dû apparaître à tout le monde et non pas seulement à quelques témoins. En réponse, Origène développe dans son Contre Celse une argumentation philosophique, inspirée de Platon, pour accréditer la croyance aux apparitions. Il s’appuie aussi, paradoxalement, sur le cas de Thomas qui n’a pas tout de suite cru à ces apparitions. De plus, si le Christ n’est pas apparu à tous, c’est que tous n’étaient pas disposés à l’accueillir. Mais l’exégèse origénienne des récits d’apparition trouve également un éclairage décisif dans le Commentaire sur Jean : la victoire du Christ sur la mort n’est pas encore totalement donnée au moment des apparitions, elle n’atteint sa plénitude qu’à l’heure où le Christ monte définitivement vers son Père.

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Alain LE BOULLUEC, « Variations théologiques de Pères grecs du IVe siècle (Eusèbe de Césarée, Épiphane, Grégoire de Nazianze) sur Jn 20, 17b et Jn 20, 22 », p. 221-241

Les controverses théologiques autour du chapitre 20 de l’Évangile de Jean dont les Pères grecs du IVe siècle sont les témoins et les acteurs concernent principalement les versets 20, 17 et 20, 22. Les interrogations sur Jn 20, 17 visent à la fois l’identité du Christ, humain et divin, et sa relation avec le Père. Si Eusèbe de Césarée affirme la différence entre le Logos et le Dieu transcendant, il évite l’expression médio-platonicienne « deuxième Dieu » après l’anathème contre l’hérésie arienne. Contre Marcel d’Ancyre, à l’opposé, il s’ingénie à prouver que la « monarchie » divine est compatible avec l’existence de l’hypostase du Fils, selon le schème de la ressemblance entre modèle et image, tout en maintenant la suprématie du Père. La défense de l’orthodoxie nicéenne amène plus tard Épiphane de Salamine à rapporter l’expression litigieuse « mon Dieu et votre Dieu » (Jn 20, 17b) à la distinction dans le Christ de l’humanité et de la divinité. Il la comprend dans le cadre de l’« économie », au moyen du concept d’« homonymie », selon un raisonnement élaboré plus clairement par Grégoire de Nazianze. Quant à l’effusion de l’Esprit de Jn 20, 22, Eusèbe l’inscrit dans une série d’événements salvifiques : montée du Sauveur auprès du Père après l’apparition à Marie (Jn 20, 17), descente de l’Esprit saint chez les disciples pour leur donner une part des charismes de l’Esprit (Jn 20, 22), venue de la pleine puissance de l’Esprit à la Pentecôte, après l’Ascension. Il distingue l’effusion purificatrice de Jn 20, 22 de la venue en personne de l’Esprit. Ce schéma est absent chez Épiphane, qui insiste sur la consubstantialité trinitaire. On le retrouve, sous une forme différente, chez Grégoire de Nazianze, qui promeut, à propos de l’Esprit, la possibilité d’innover en théologie. Au-delà de leurs divergences, les considérations théoriques des Pères restent attentives à la cohérence narrative de l’Évangile.

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Marie-Odile BOULNOIS, « Toucher les plaies du Ressuscité : enjeux polémiques et préfiguration sacramentelle des apparitions du Christ aux apôtres selon Cyrille d’Alexandrie », p. 243-266

Cyrille d’Alexandrie s’intéresse, plus qu’aucun de ses prédécesseurs, à la persistance des marques de la passion après la résurrection du Christ en Lc 24, 39-43 et Jn 20, 19-29. La question de l’identité (« c’est bien moi ») de celui qui apparaît donne lieu à une réflexion sur les raisons pédagogiques qui conduisent le Christ à différer sa manifestation glorieuse et à une comparaison tout à fait originale avec la manifestation du Christ aux anges lors de son ascension. L’exégèse de ces apparitions aux Onze a un caractère fortement polémique et réfute plusieurs erreurs : origéniste (corps subtil), dualiste (distinction de Dieu et de la chair), synousiaste (transformation du corps en nature de la divinité). Enfin, pour résoudre la contradiction entre cette invitation à toucher et l’interdiction faite à Marie-Madeleine en Jn 20, 17, Cyrille est le seul auteur de l’Antiquité tardive à proposer de lire ces épisodes comme une préfiguration des pratiques liturgiques de la synaxe et de la présence sacramentelle du Christ dans l’eucharistie.

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Isabelle BOCHET, « Ostendit caput, ostendit corpus (In Ps. 147, 18). L’exégèse augustinienne de l’apparition aux apôtres en Lc 24, 36-49 », p. 267-286

L’article étudie la manière dont Augustin a développé son exégèse de l’apparition du Christ ressuscité aux disciples en Lc 24, 36-49, d’abord dans le contexte de la controverse antimanichéenne, puis à l’occasion de la lutte antidonatiste, enfin en lien avec sa réflexion sur la condition des corps ressuscités dans la Lettre 205 à Consentius et dans le Sermon 242. Augustin utilise Lc 24, 39 pour défendre la vérité de la chair du Christ contre les manichéens et pour penser la condition des corps ressuscités, à l’époque de la rédaction de la Cité de Dieu. Il cite Lc 24, 47 comme un leitmotiv dans la controverse antidonatiste, pour établir que la véritable Église du Christ est celle qui est répandue parmi toutes les nations, c’est-à-dire l’Église catholique. Les deux versets sont souvent cités ensemble, afin de montrer que les deux affirmations de foi sont indissociables : il est inconséquent d’admettre la réalité de la chair du Christ en raison de Lc 24, 39, tout en refusant de reconnaître l’universalité de l’Église clairement énoncée en Lc 24, 47. La péricope de Lc 24, 36-49 fait connaître à la fois la Tête et le Corps du Christ : « Ostendit caput, ostendit corpus. »

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Matthieu CASSIN, « Pain, miel et poisson : exégèse patristique des aliments consommés après la résurrection », p. 287-305

Que mangea le Christ après la résurrection ? L’étude des aliments présents lors des repas du ressuscité dans les textes évangéliques conduit à remarquer une variante dans le texte de Lc 24, 42, largement diffusée tant en Orient qu’en Occident : la mention d’un rayon de miel aux côtés du poisson grillé. Après avoir étudié la présence de cette leçon dans la tradition manuscrite du Nouveau Testament grec et dans les versions anciennes, on s’attache au commentaire du rayon de miel que fournissent Cyrille de Jérusalem et Grégoire de Nysse. L’un et l’autre rattachent le verset lucanien à Ct 5, 1c, qui mentionne pain et miel ; ce rapprochement conduit Grégoire de Nysse à fusionner les récits du repas de Jn 21, au bord du lac, et de Lc 24, à Jérusalem, afin de faire correspondre les aliments à ceux de Ct 5, 1c. On relève quelques témoignages de cette variante longue de Lc 24, 42 à partir du milieu du IVe siècle (Pseudo-Athanase, Épiphane de Chypre) ; les témoignages plus anciens restent très problématiques et se réduisent à une paraphrase dans un fragment du pseudo-Justin. Les témoignages latins probants sont tous postérieurs au IVe siècle.

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Pierre MOLINIÉ, « “Ils n’avaient pas compris l’Écriture…” Jn 20, 9 dans l’exégèse de Jean Chrysostome », p. 307-339

Le commentaire de Jn 20, 9 (« Ils n’avaient pas encore compris l’Écriture selon laquelle Jésus devait se relever d’entre les morts ») illustre un procédé exégétique courant chez Jean Chrysostome, mais qui n’a pas encore retenu l’attention des chercheurs : la reformulation exégétique. Plutôt que de citer ce verset, l’exégète le reformule en effet pour en tirer une affirmation théologique générale (theologoumenon), applicable à de nombreuses situations de la vie spirituelle ou de la culture biblique. Dans cet article, nous démontrons l’existence de ce theologoumenon, nous proposons une hypothèse pour expliquer son émergence dans la pensée de Jean Chrysostome et nous replaçons cette reformulation dans le cadre de l’exégèse antique de Jn 20, 9.

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Catherine BROC-SCHMEZER, « L’existence de Jésus ressuscité en Jn 21, selon Jean Chrysostome », p. 341-357

L’article analyse l’exégèse chrysostomienne de Jn 21 pour tenter de saisir la manière dont le prédicateur conçoit les relations entre Jésus et ses disciples après la Résurrection. S’il est très sensible à la manière différente dont Jésus « séjourne » désormais avec ses disciples, doté d’un corps qui n’est visible et ne s’alimente que par condescendance, le prédicateur insiste surtout sur la délicatesse des relations, entre Jésus et Pierre, dont le Christ exauce paradoxalement le désir en le conduisant « là où il ne désire pas », mais aussi entre Pierre et Jean, Pierre renvoyant en quelque sorte la pareille à Jean qui avait interrogé Jésus de sa part en Jn 13. L’analyse montre ici la grande cohérence d’exégèse entre le commentaire suivi de Jn 21 et celui de Jn 13, ainsi que celle de certains passages des Panégyriques de Paul ou des Homélies sur la deuxième épître aux Corinthiens.

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Martine DULAEY, « L’apparition aux disciples au lac de Tibériade (Jn 21) dans la prédication des Pères latins des IVe-VIe siècles », p. 359-377

En dehors de plusieurs prédications d’Augustin sur la pêche miraculeuse de Jn 21, le chapitre final de l’Évangile de Jean a fait l’objet de commentaires latins peu nombreux, mais qui ne sont pas sans valeur, notamment de la part de Pierre Chrysologue et de Grégoire le Grand. C’est le dialogue final de Jésus et de Pierre qui a été le plus utilisé, et les commentaires qu’Augustin en a donnés s’inscrivent dans une tradition plus ancienne.

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Dernière mise à jour le : mardi 3 novembre 2020